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Date de création : 09.09.2008
Dernière mise à jour : 27.09.2023
18 articles


ARTEMISIA GENTILESCHI, LA COMBATTANTE

Publié le 07/11/2008 à 12:00 par femmeartistepointdevue

Je vais vous parler d'une fabuleuse femme peintre qui s'est imposée dans un monde d'hommes en menant une brillante carrière apportant ainsi sa pierre au long chemin de l'émancipation féminine.

Née à ROME, le 8 Juillet 1593, Artémisia est élevée par son père, le peintre Orazio GENTILESCHI qui lui voue un amour immodéré, à la limite de l'inceste, peut-être a t' il eu lieu, certains éléments à charge semblent réunis, mère morte très jeune, seule fille de la famille parmi trois frères, père possessif, mais laissons quand même à Orazio le bénéfice du doute, aujourd'hui la présomption d'innocence, puisqu'il n'est plus là pour se défendre !

Nous sommes en pleine mouvance caravagesque, Orazio est un disciple et ami intime du CARAVAGE, peintre de génie certes mais homme peu recommandable, soit dit en passant. Dans cette ambiance un peu glauque, Artémisia grandit au sein de l'atelier paternel étudiant le dessin et le mélange des couleurs. Elle devient très vite la meilleure élève. Elle manie le "clair-obscur" comme personne et son père, qui a repéré son aisance à assimiler le réalisme caravagiste, l'admire profondément mais ne peut s'empêcher d'un sentiment de jalousie pour l'immense talent qu'il lui pressent. Ce ressentiment affectera toute leur vie leurs relations déjà conflictuelles.

L'accès des Beaux Arts étant interdits aux femmes mais certain du potentiel que pourrait apporter Artémisia à l'atelier familial, Orazio décide, lorsque celle ci a dix huit ans, de lui allouer les services d'un professeur particulier en la personne du peintre Agostino TASSI, l'une de ses connaissances à la réputation douteuse.
Décidément, Orazio s'avère être un homme des plus ambigu, lui si prévenant envers sa fille, fait entrer le loup dans la bergerie !
Tassi viole Artémisia en 1612, elle a alors 19 ans. Il tente d' acheter son silence en lui promettant le mariage mais le vilain, déjà marié, essaie d'assassiner sa femme, pour probablement arranger sa situation périlleuse, et oui, combattre " le mal par le mal ", vous connaissez ? Devant l'étendue du désastre, Orazio porte plainte auprès du tribunal papal afin de sauver l'honneur de sa fille mais l'enquête le démontrera plus tard, TASSI voulait aussi lui voler des tableaux ! J'en viens à me demander si Orazio souhaitait régler ses comptes ou redonner un statut honorable à Artémisia ! Quoi qu'il en soit,c'est bien sûr cette dernière qui va faire les frais de cette dramatique histoire.

Imaginez la descente aux enfers de cette jeune fille qui vient de connaître le pire, à laquelle on impose un examen gynécologique pratiqué dans des conditions avilissantes et pour couronner le tout, il lui faut prouver son innocence de la plus abominable des façons : la torture !
On lui enserre les doigts dans des entrelacs au risque de lui faire perdre l'usage de ses mains. Ses bourreaux ne s'y seraient pas pris autrement s'ils avaient voulu, de cette façon détournée perverse, remettre Artémisia "à sa place" en la privant à tout jamais d'exercer son art ! Mais je ne vais pas jouer les paranos et seulement mettre cet acte odieux sur le dos de la ténébreuse justice de ce siècle. Notre combattante, au caractère bien trempé, tient bon et au procès TASSI est condamné à ... un an de prison et à l'exil des Etats Pontificaux, exil où il ne restera d'ailleurs pas bien longtemps car gracié par le pape, nébuleuse justice !

Ce fut un procès scandaleux qui poursuivra Artémisia, lui arrogeant une réputation de femme facile, d'autant plus que beauté plantureuse, canon de son époque, dotée d'un charme fou, (Autoportrait ou Allégorie de la peinture - 1630) elle fascine ses contemporains qui lui prêtent allègrement tous les amants possibles.
Je comprends sa rage de peindre, sa violence picturale que l'on retrouve dans de nombreuses toiles à ses débuts, entre autres "Judith décapitant Holopherne 1612-1613", sa façon à elle sans doute de se reconstruire.

Après ce drame, Artémisia se marie avec le premier venu, mariage arrangé par Orazio pour rendre une dignité à sa fille. Les relations entre le père et la fille devenant de plus en plus houleuses, elle décide alors en 1614 de partir pour Florence, contre l'avis de son père qui veut à tout prix la retenir à ses côtés.
Elle ne le reverra plus pendant près de trente ans. Cette rupture me laisse à penser sur le lourd vécu de ces deux êtres. A la fin de sa vie, Orazio qui est devenu peintre officiel à la Cour d'Angleterre, trop malade pour terminer la commande d'une fresque en neuf toiles (L'Allégorie de la Paix et des Arts, sous la protection de la couronne d'Angleterre, 1638-1639) fait appel à la seule personne qu'il juge digne de terminer son oeuvre, sa fille, artémisia. Ont ils trouvé l'apaisement, nul ne le dira. La vie sentimentale d'Artémisia GENTILESCHI ne sera pas au diapason de sa carrière, deux mariages ratés, cinq enfants dont une fille seulement survivra, mais combattante toujours, elle fait fit des embûches et son prodigieux talent lui forge rapidement une solide réputation artistique. Elle est la première femme à être admise à l'Académie de Dessin et à côtoyer d'égal à égal les artistes les plus réputés de son temps, première femme a oser peindre des thèmes historiques et religieux, bravant les règles qui reléguaient les femmes peintres aux portraits et autres natures mortes. Elle oeuvre à la cour des Médicis, a les faveurs de personnages influents et les mécènes se pressent à la porte de son atelier.

Artémisia GENTILESCHI est une caravagesque et en s'appropriant ce style, elle l'a sublimé. Il faut dire qu'elle a du génie Artémisia car en accentuant de façon poussée, le contraste de ses ombres et lumières elle projette subtilement ses scènes en relief.
J'observe un tableau du CARAVAGE "La mort de la vierge - 1606", le personnage principal, en l'occurrence la vierge au ventre bien rond semble figée en pleine lumière, les ombres alentour inventent une réalité impressionnante. Je me sens spectatrice, limite voyeuse.
Devant l'oeuvre d'Artémisia GENTILESCHI "La conversion de Madeleine 1615-1616", la lumière distillée harmonieusement sur une partie du visage, la poitrine et le côté de la robe de Madeleine est si puissante que l'ombre environnante me donne l'illusion du présent. La magnifique toilette de Madeleine aux tons dégradés jaunes orangés est travaillée de façon remarquable par un maestro des couleurs. Je ne me lasse pas d'admirer Madeleine, émouvante, belle, vraie. La magie du tableau me transforme, je ne suis plus spectatrice mais actrice. Chapeau Artémisia !

Artémisia GENTILESCHI, meurt en 1652 à l'âge de 59 ans, laissant une empreinte marquante sur l'Art de ce 17ème siècle mais malheureusement gommée, comme beaucoup de femmes artistes d'ailleurs, tient bizarre, de l'Histoire de l'Art pendant près de trois siècles. Et oui, jusqu'au milieu du 20ème siècle, la femme n'a aucun droit civique, assume seulement des rôles dits féminins par conséquent mineurs et le travail des femmes artistes, considérés sans intérêts, est exclu des livres sur l'Histoire de l'Art.

Le misérable J.J. Rousseau et son "Traité sur l'éducation", le petit empereur qui nous en remet une couche avec son "Code Napoléon", il nous a persécuté longtemps celui là, le 19ème siècle pudibond à souhait et le début du 20ème siècle antiféministe à tout va sont les ingrédients du bouquet final qui contribue à l'enfermement féminin.

Heureusement, les femmes des années 70, dont je fais partie, commencent à remettre les pendules à l'heure et les historiennes de cette époque redécouvrent enfin Artémisia GENTILESCHI et beaucoup d'autres dont je vous reparlerais plus tard.

En 1999, l'écrivain Alexandra LAPIERRE en fait l'héroïne de son roman "ARTEMISIA" aux Editions LAFFONT, d'après le contexte historique et la biographie de l'artiste. Un film a été réalisé à partir de ce roman. Pascale BEAUDET, critique d'Art, chargée de cours en histoire de l'Art à l'université de Montréal au Québec lui a consacré sa thèse.
Artémisia GENTILESCHI est considérée aujourd'hui comme le peintre le plus accompli de ce 17ème siècle.

J'ai rencontré cette merveilleuse artiste, pour mon plus grand bonheur, en consultant l'Histoire des femmes dans la peinture à travers les siècles. Elle figure en bonne place parmi mes peintres préférés
Je me suis attachée à cette femme qui aurait pu tout simplement subir sa vie, comme la majorité des femmes du 17ème siècle, mais qui a choisit de la vivre pleinement, en femme libre, peintre célèbre, indépendante, faisant vivre sa famille de son Art, et croyez moi c'était à cette époque, à coup sûr, le parcours de la COMBATTANTE.

Bravo Artémisia, tu as enfin le rang que tu mérites, Immortelle parmi les Immortels.

Quant à moi, modestement, je retourne à mes pinceaux.
A bientôt,

Yveline JAVER






Commentaires (1)

peintredesdom le 26/11/2008
La femme est l'avenir de l'art...
Bonjour,
Très bon votre travail,
je suis auteur de fables et contes en Martinique.
Venez me lire j'en serai charmé.
Cordialement,*
JMarc.
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